Assemblée publique Gastrovalais Martigny 2 Octobre 2007
100 Ans – quel bail entend-on souvent dire
Le temps de s’arrêter et de regarder en arrière avant de reprendre sa route vers le futur
J’ai scindé mon rapport en 4 chapitres
100 ans de convivialité
100 ans de travail
100 ans au service
100 ans de promesses électorales
100 ans de convivialité
Notre profession se base sur l’accueil de nos clients, on nous le répète assez souvent d’ailleurs. Mais au-delà de l’accueil qui dure quelques minutes, il y toute la prise en charge du bien-être de nos clients pendant le temps qu’ils passent dans notre établissement. Et cela va de ceux qui veulent se faire cocoler pendant qu’ils savourent de délicats mets à celui qui, excusez-moi du terme veut qu’on lui foute la paix pendant qu’il lit son journal. Et entre ces deux extrêmes toute la gamme du registre relationnel peut être déclinée. Le patron doit posséder un sens aigu de la perception du désir de son client pour savoir comment adopter son comportement.
Il n’y pas d’école pour cela, ce sens de l’accueil et du soin donné au client fait partie de ce que l’on appelle le sens du commerce. Mais bon nombre de nos membres le possèdent et l’applique. Il est vrai que l’on voit de temps en temps dans la presse des articles expliquant ceci ou cela et qui fait du tort à l’ensemble de la profession. J’aimerais toutefois attirer votre attention sur l’importance que le client donne à sa vision des choses. Je vous cite le cas du dernier article en date (billet d’humeur de la semaine précédente). Des clients commandent 3 dl de blanc, la sommelière arrive, apporte les verres pose la carafe sur la table et s’en va sans servir. D’où article indigné, le service n’est plus ce qu’il était, tout fout le camp dans notre vieux pays. Je suis le premier d’accord cela ne se fait pas, mais où je ne suis plus d’accord c’est que les mêmes personnes vont en France ou en Italie et l’on vous sert non pas 3 dl en carafe mais du vin en bouteille qu’on vous pose sur la table non seulement sans le servir mais carrément sans l’avoir fait dégusté et personne ne dit rien. Je vous accorde ne comparons pas avec pire mais aussi cessons de nous auto flageller systématiquement. Nous pouvons toujours faire mieux mais il y a dans ce pays et dans notre profession beaucoup d’établissements bien et un certain nombre aussi de très bien.
100 ans de travail
Notre profession a certes évolué au fil du temps mais en même temps elle reste aussi basique qu’il y a 100 ans. Le client qui vient chez nous cherche un moment de satisfaction qu’il soit gustatif, relationnel ou simplement pour un petit arrêt dans la vie trépidante que nous menons. Et notre travail consiste à satisfaire ce besoin. Cela peut paraître tout simple, raison pour laquelle aussi bon nombre de nos concitoyens se lancent dans cette aventure, cela parait trop simple. Mais derrière cette apparente simplicité se cache d’énormes investissements, d’abord en temps, celui qui pense se la couler douce dans notre profession se met le doigt dans l’œil, ce sont des heures de présence, de travail, mais quand la partie visible est terminée ce sont encore des heures de travail administratif que connaissent bien les patrons de PME d’autres branches aussi. Investissement personnel, tout le temps passé à soigner les client ne l’est pas pour une relation de couple normal, voire une vie de famille telle qu’on l’imagine. Il est difficile de concilier une vie affective épanouie avec 14 heures de travail par jour dont principalement les soirées et le week-end. Et également un investissement financier, au-delà de la mise initial, il s’agit de maintenir son outil de travail performant, au goût du jour, à la mode et qui plaise au client, cela implique des rénovations, des achats bref le réinvestissement d’une partie d’un bénéfice qui n’est déjà pas des plus phénoménal.
Mais il reste toujours de la place et des chances de succès pour celui qui se montre innovateur, créatif et sait se diversifier dans son offre, mais surtout qui sait que le plaisir de l’hôte passe par la mise à disposition de son temps et qui n’a donc pas peur de travailler dur et longtemps. Celui qui se contente d’imiter le voisin et d’attendre passivement que la soi-disant poule aux œufs d’or ait fini de pondre n’en n’a pas pour long dans notre profession, malheureusement son passage dans son établissement aura fait du tort à l’ensemble de la profession.
100 ans au service
Je le dis toujours le terme d’être au service de quelqu’un peut avoir un sens très noble. On l’utilise souvent dans le sens banal de devoir travailler pour quelqu’un. Mais être au service d’une cause est merveilleux et c’est dans ce sens là que nous devons l’utiliser. Nous sommes au service de la population pour lui rendre service.
J’ai un rêve: fermer le même jour, un très froid de février tous les établissement du canton. Une sorte de grève mais éducative plus que revendicatrice. Juste que les clients qui se retrouveront devant une porte fermée à battre la semelle sur le trottoir prenne conscience de l’importance de notre branche. On nous le rabat à longueur d’année que nous sommes importants mais dans les faits on l’oublie complètement.
Et pourtant toutes ces fois ou l’on s’arrête au bistrot pour
- un rendez-vous
- attendre parce qu’on est en avance chez le médecin
- lire le journal
- fumer sa clope au chaud
- papoter en faisant ses courses
- refaire le monde et la politique cantonale
Sans oublier bien sur de se désaltérer et se nourrir. Il a été dit que le bistrot était un lien social, ne l’oubliez pas avant qu’il ne soit trop tard et que l’on ne se trouve pas un jour à kebab ou hamburger land…
100 ans de promesses politiques
Je pourrais dire qu’on a vécu 100 ans de Gastrovalais mais 500 ans de promesses politiques tellement l’on nous en a fait.
Permettez-moi de vous raconter un witz. Deux «macho» d’un pays X mais à sang chaud se rencontrent. Le premier dit à l’autre aimes-tu les femmes moches non répond le 2ème, aimes-tu les femmes qui puent des pieds et de la bouche reprends le 1er, ben non réponds l’autre, aimes-tu les femmes qui ne font que moronner toute la journée continue le 1er, je suis pas fou dis le 2ème, alors pourquoi tu couches avec ma femme dis le 1er.
Je vous le concède elle est un peu macho, mais pourquoi cette histoire. Alors à moi de vous poser des questions.
Aimeriez-vous travailler 14 par jour?
Aimeriez-vous payer pour pouvoir travailler?
Aimeriez-vous travailler dans la branche qui a le plus de concurrence et sauvage en plus?
Aimeriez-vous travailler dans une branche sans cesse critiquée?
Aimeriez-vous vous faire traiter de voleur à longueur d’année?
Aimeriez-vous qu’on vous accuse de pousser vos clients à l’alcoolisme?
Aimeriez-vous vous faire traiter de négriers par les syndicats?
Aimeriez-vous qu’on vous accuse d’empoisonner vos clients et collaborateurs par la fumée passive?
Aimez-vous payer de taxes, des taxes, des taxes et des impôts?
Bref êtes-vous masochiste?
Non alors pourquoi tant d’établissements dans notre canton.Peut-être parce les conditions cadres qui régissent cette profession font que l’on peut faire tout en n’importe quoi en s’improvisant patron du jour au lendemain.
Il y a cent ans que nous demandons des conditions cadres qui nous permettent de travailler en sérénité. Il y cent ans que nos politique nous écoutent mais ne nous entendent pas. Nous sommes à nouveau régis par une loi qui ne nous convient pas. Comme dans l’ancienne, toutes les dérives que nous avions prédites sont en train de se réaliser. La compétence aux communes est une catastrophe, chaque petit roitelet président de commune décide de l’application de cette loi qui est cantonale. Quand on pense qu’au moment de l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, la commune de Sion s’est permis de facturer 200.- l’envoi d’une lettre pour signaler aux patrons d’établissements qu’il n’avait plus une patente mais une autorisation d’exploiter, excusez-moi mais c’est tout simplement du racket. La commune de Sierre pour exemple n’a rien facturé estimant que ce n’était pas la faute de la profession si la loi changeait. La clause du besoin supprimé, les redevances ne l’ont pas été et 30 % de ces taxes retournent aux communes pour des soi-disant frais occasionnés pour la branche. J’aimerai bien une fois contrôler dans les communes à quoi est affecté cet argent.
La loi actuelle n’a eu qu’un effet favorable mais pas pour les cafetiers, elle a légalisé le prêt de patentes. Beau résultat.
Ma fille m’a dit un jour: papa peut-on être puni pour quelque chose que l’on n'a pas fait, bien sur que non lui ais-je répondu pourquoi, parce que je n’ai pas fait mes devoirs et que la maîtresse m’a puni…..
C’est un peu la même chose c’est vrai que l’on ne peut rien reprocher aux politiques de ce canton, ils n’ont rien fait pour nous. C’est un peu réducteur je l’accorde, certains nous ont quand même soutenu.
Mais d’entendre certains nous dire qu’ils connaissent nos problèmes parce qu’ils sont clients nous fait sourire, c’est comme si je disais que je suis expert en psychologie parce que je regarde la série desesperatly housewife…..
Nous avons soutenu la clause du besoin non par souci de protectionnisme mais parce qu’elle permettait plus ou moins de gérer une situation tendue sur le marché des cafés-restaurants. Un peu comme le moratoire de M. le conseiller d’état Jean-Michel Cina. On nous répond que cela va à l’encontre de la liberté de commerce. Excusez-moi, mais ce qui est applicable dans la construction ne l’est pas chez nous ? Il faut m’expliquer. Nous avons demandé et allons le refaire qu’un établissement qui en l’espace de cinq ans a été remise plus de trois fois a bénéficié de la liberté de commerce mais a prouvé son inutilité et son autorisation d’exploiter doit être retirée.
Nous avons encore plein d’idées et de projets à soumettre à nos politiques, faut-il encore qu’ils aient envie de les écouter. Cette année électorale est une bonne plateforme, en tout cas pour les promesses. Mais nous réagissons. Comme il y 4 ans nous allons sortir d’ici la fin de la semaine dans le NF et le Walliser Bote, la liste des candidats que nous soutenons pour le conseil national.
La aussi, des cris de vierges effarouchées parce les cafetiers osent faire de la politique. Que les paysans, les enseignants, les médecins et les avocats fassent du lobbying à longueur d’année c’est normal mais que les cafetiers osent ouvrir leur bec, quelle horreur ! Désolé messieurs les politiques, les cafetiers d’il y a cent ans ne sont plus les mêmes que ceux d’aujourd’hui. Et ceux d’aujourd’hui en ont ras le bol, un peu à cause de vous, et si cette année nous avons planté sur notre stand un arbre, rien ne dit que cet arbre ne sera pas un jour prochain utilisé comme matze populaire sur la place de la planta. Il y a quand même des traditions centenaires qu’il ne faut pas oublier.
Merci de votre attention.